Festival 70's de La Chapelle Saint Luc 2 juin 2012

On salivait depuis des mois devant l'affiche promise, par contre on se demandait comment le charmant petit festival un peu rural de Charmont, célèbre pour ses remarquables programmations autant que par son ambiance conviviale, allait pouvoir supporter son déplacement à La Chapelle Saint Luc en banlieue très rapprochée de Troyes, une zone beaucoup plus urbaine. La date fatidique étant arrivée, le long voyage se terminait en sortant de la rocade troyenne et, première remarque, le lieu est plutôt facile à trouver. Pas forcément bien indiqué, par contre, mais comme il suffit de prendre la direction principale vers le centre de cette petite ville...
Derrière le Centre Culturel, nouveau lieu d'accueil du Festival, un parking plutôt vaste attend les premiers arrivés. Ouf! Au moins il est facile de se garer ! Principale hantise des spectateurs qui viennent de loin vers les zones urbaines, le problème du stationnement est facilement résolu. Les retardataires en seront probablement quittes pour chercher des places ailleurs dans le quartier, mais, avantage de ne pas être dans un grand centre urbain, cela ne tournera pas à la corvée. Et à peine arrivés au guichet, nous nous rendons compte que quelques habitués sont déjà là, une heure avant le début des festivités !




Une fois les retrouvailles célébrées et quelques formalités effectuées (occasion de remercier ici Alan pour sa délicatesse), il nous faut explorer ce nouveau lieu. La scène principale, vaste et moderne, se situe dans une salle beaucoup plus large mais moins profonde que celle de Charmont : on aura plus de place devant la scène. Par contre les groupes auront peut-être moins l'impression que les spectateurs se pressent en affluence puisqu’ils seront plus étalés sur la largeur. Un gros rideau cache d'un côté de la scène l'accès aux coulisses, tandis que de l'autre côté de la grande salle, une porte permet la communication avec une salle plus petite où est installée la deuxième scène. Cette salle communique elle-même avec l'extérieur via une grande porte, en direction d'un espace vert un peu réduit, mais suffisant et vraiment sympathique et très pratique pour discuter. De plus toutes les commodités pour l'alimentation sont installées dans cet espace vert, que ce soit le petit barnum en contrebas pour se procurer nourriture et boisson, ou la vaste tente où on retrouve tables et bancs pour se poser et se restaurer tranquillement en causant de choses et d'autres, et plus particulièrement de musique, comme il se doit !

A propos de musique, justement, il revient à Ratsinger d’ouvrir cette nouvelle mouture du Festival. On pourrait être étonné de voir un groupe de jeunes gens figurer à l’affiche d’une manifestation dédiée aux années 70, mais en discutant avec eux ses membres avouent rapidement des influences fortes datant de la deuxième moitié des 70’s et du début des 80’s (les disques des parents ?) tout en revendiquant clairement un son du XXIème siècle et une inscription dans leur époque. En les écoutant, on comprend bien leur démarche : ayant choisi de chanter en français, comme la plupart des grands représentants du rock français de l’époque (Trust, Téléphone, Stocks…), leurs influences apparaissent ici et là dans leurs fougueuses compositions, et particulièrement Téléphone (à mon sens). L’impression se trouve d’ailleurs renforcée ensuite dans le domaine visuel par la présence féminine d’Anne Godefert à la basse et par la SG du soliste Antonin Lespagnol. Mais ne vous y trompez pas : si on relève quelques points communs ou quelques réminiscences musicales ici ou là, nous n’avons affaire ni à une copie, ni à un tribute band déguisé, mais bien à une entité originale.
En tous cas, le groupe profite du changement de formule par rapport à Charmont pour présenter un répertoire électrique et plutôt bien en place (à Charmont les groupes invités pour animer les changements de plateau s’en tenaient à une formule semi acoustique), interprété tambour battant avec une énergie juvénile qui fait plaisir à voir. Après, tout est question de goût, certains vont préférer le côté plus « cool » des guitares électroacoustiques vu les années précédentes, d’autres une musique et un son plus ancrés dans les années 70, mais en tous cas, et pour ce qu’il a été possible d’en apprécier (voir ci-dessous), Ratsinger a parfaitement rempli son contrat et on peut aussi saluer les organisateurs d’avoir donné leur chance à de jeunes musiciens.

Justement, puisqu’on parle des organisateurs, Plug’n Play investit la grande scène sitôt le premier set de Ratsinger terminé, et malgré la fatigue et la tension liées à l’organisation du Festival dans un nouveau lieu, le groupe nous livre une prestation plaisante où ceux qui connaissent le groupe retrouvent avec satisfaction des titres en passe de devenir des classiques du groupe comme « I forgot the map », « Intro blues » ou autres « Time to break away », ainsi que le formidable solo d’Eric Varache à la batterie, jamais ennuyeux ou trop démonstratif, le but de notre cogneur n’étant visiblement pas d’en mettre partout et dans tous les sens au risque de lasser son auditoire, mais d’emmener progressivement l’auditeur dans un petit voyage au royaume des percussions
A force de les écouter ici ou là depuis quelques années, on ne peut que saluer l’évolution très positive de ce groupe. S’appuyant sur des valeurs sûres, des capacités d’écriture conséquentes et originales et une perpétuelle recherche sonore, Plug’n Play a réussi à se hisser malgré un line-up changeant à un niveau très appréciable, comme dirait Southern John qui les connaît bien. Cette fois-ci, le groupe se produit avec Julien Boisseau à la basse. Visiblement, notre bassiste s’intègre de mieux en mieux à l’univers du groupe et forme avec Eric, dont on souligne à mon avis trop peu les qualités, une rythmique très solide sur laquelle viennent s’articuler les guitares complémentaires d’Alan (recherche constante du meilleur habillage sonore) et Christophe (fluidité et feeling) et le chant de Fred. A propos de Fred d’ailleurs, le clin d’œil fait à Jesus Volt, l’autre groupe de Julien, via une reprise de Kiss, montre que ce n’est pas que dans le boogie lourd et grave que sa voix a des atouts à faire valoir : dans le genre rock’n roll râpeux option papier de verre, un poil plus dans les aigus que le répertoire habituel du groupe, ça cartonne aussi sévère ! Encore une voie à explorer pour le groupe, qui ne va pas s’en priver, espérons-le, et qui a aussi profité de l’occasion pour lancer son nouveau CD « Dead Line » mi-live, mi-acoustique, chroniqué il y a peu dans nos colonnes. Bref, mission accomplie haut la main sur scène pour Plug’n Play, en espérant que dans la salle les ventes de CD auront suivi.

Après un intermède Ratsinger, au tour des conviviaux Medicine Hat de s’emparer de la grande scène ! Particulièrement heureux de se retrouver ici, en raison de solides liens amicaux avec le public et les organisateurs de ce festival, mais aussi en raison de leur difficulté à se réunir et à donner des concerts, les Medicine Hat allaient entraîner le public dans leur incroyable tourbillon. Aussi vrais sur scène que dans la vie où on retrouve leur générosité incroyable et leur entrain perpétuel, les musiciens convainquirent une nouvelle fois le public en se donnant au maximum pour faire vivre dans une mise en place impeccable en dépit de passages techniquement épineux, un répertoire festif et rempli de feeling, au point où Laurie Dalziel, leur remarquable « bassiste fou », à force de remuer comme un damné, en est arrivé à se… débrancher ! Une nouvelle façon de considérer le son « unplugged » qui a séduit un public hilare et conquis. De toute façon, Medicine Hat sur scène, c’est un plaisir de tous les instants, surtout quand ils font la promotion inattendue de RTJ !
Que dire de plus, si ce n’est pour souligner une fois de plus l’extrême qualité de leur prestation, le charisme de leur frontman Mark Jackson, la joie de vivre qui se dégage de leur présence sur scène et la complémentarité de l’improbable association entre le tricotage incroyable de la Strat’ country au son clair uniquement jouée en finger picking par Mark Wright et les envolées saturées de la Les Paul heavy-blues aux accents lyriques de Steve ? Une réussite, vraiment, dont ceux qui les avaient vus l’an dernier à Charmont se réjouissaient à l’avance de profiter, et là-dessus le groupe ne nous a pas déçus !

Instant émotion ensuite pour ceux d’entre nous qui ne les avaient pas vus depuis plus de trente ans lorsque les premiers (et forts !) accords de Shakin’ Street ont retenti dans la salle. Shakin’ Street, pour ceux qui l’ignorent, ce n’était pas rien à la fin des 70’s et au début des 80’s, même s’il ne s’agit pas du tout ici de rock sudiste ! Nombreux étaient ceux qui croyaient bien ne jamais plus les revoir sur scène, et qui se rappelaient entre autres de cette insipide émission de variétoches franchouillardes vers 1978 brusquement électrisée par un « Vampire Rock » survitaminé mimé sur d’improbables échafaudages, sauvant ainsi de l’ennui une soirée soporifique. Souvenirs précieux aussi, les concerts retransmis le soir sur France Inter par Bernard Lenoir dans son émission-culte Feedback, ou la formidable tournée « Solid as a rock » avec, s’il vous plaît, l’ex-Dictators Ross the Boss à la première guitare. Shakin’ Streeet, le seul groupe de ce calibre à l'époque qui soit emmené par une frontwoman, et quelle frontwoman, en la personne de Fabienne. Le groupe majeur du rock français, pionnier du Heavy en France, adepte du gros son, creuset du futur Téléphone, premier groupe réellement remarqué par les Américains via la filière du Blue Öyster Cult, bref, le monstre de légende était là en 2012 dans la salle de La Chapelle Saint-Luc ! Quel plaisir de réentendre live des titres comme « No Compromise » ou «  No Time To Lose » ! Connaissant à la fois les remarquables qualités de Jean-Lou Kalinowski, le batteur historique du groupe, et celles de Fred Guillemet, avec le groupe depuis quelques années, mais aussi bassiste du GL Band et à l’occasion de Plug’N Play, que j’avais donc eu plusieurs fois l’occasion d’entendre à Charmont, j’avoue que j’étais impatient d’entendre leur association. De ce côté-là, aucun problème ! Mamma mia, ça pousse sévère ! Les guitaristes assurent, mais Fabienne se fait plus discrète que jadis, se retirant souvent jusque devant la batterie pour laisser beaucoup de champ libre aux autres musiciens. Sachant que ce concert était pour certains le premier avec le groupe, de l’aveu même de quelques membres du groupe, il manquait encore quelques répétitions pour que le nouveau line-up du groupe ne fasse rutiler le répertoire de la manière la plus éclatante. Et en effet, le rodage n’était pas parfait. Questions de réglages et de confiance dans ces réglages, mais gageons que la mise au point ne tardera pas. Difficile de juger vraiment de toutes manières, car à peine au milieu du set, Alan vient nous tirer discrètement par la manche : Dan Baird est prêt à nous accueillir dans les loges et même à nous accorder une interview ! Il y a des occasions qui ne se refusent pas quand on travaille pour RTJ !

Je ne vais pas vous décrire ici cette entrevue en tête à tête avec Dan Baird dans une loge vide. Pour un fan des Georgia Satellites depuis leurs touts débuts, cela fait partie des moments qui comptent dans une vie de rocker ! Mais vous comprendrez que je n’ai pas grand-chose à dire sur la fin du set de Shakin’ Street, paraît-il interrompu par le management « service-service » de Dan Baird, l’œil sur la pendule, ni sur la dernière prestation des Ratsinger (désolé…). Dan Baird n’a mis fin à cet instant magique que quelques minutes avant son entrée en scène, instants cruciaux mais très brefs pour se concentrer sur sa prestation. Le temps de rassembler les affaires, de tout ranger correctement et de descendre dans la salle, les premiers accords résonnaient déjà !

Et quelle prestation ! Vraiment impressionnant, le Dan, et son groupe aussi ! On se demande où tout ce monde, et en particulier l’incroyable Mauro Magellan, puise l’énergie, à bientôt 60 balais, de fournir un tel show… Je crois qu’un seul mot suffit pour décrire ce qui nous a été asséné : époustouflant ! Des musiciens qui se donnent à fond, se mettent minables sur scène pour transmettre leur amour de la musique, et qui assurent comme des bêtes, sans pour autant négliger quelques clowneries et acrobaties rock’n roll (n’est-ce pas M. Warner Hodges ?), le tout à un haut niveau musical, et en mélangeant quelquefois en medley des titres qu’une personne se prétendant saine d’esprit n’aurait jamais osé associer ensemble, ça fout quand même une sacrée claque. Mieux que du professionnalisme, c'est tout simplement la grande classe, spécialité rock'n roll. D'ailleurs, en bas de la scène, on se regardait entre musiciens, la même note d'étonnement et d'admiration dans le regard, y compris Mark Jackson qui n'est pourtant pas le dernier à se donner à fond ! C'est dire si Dan Baird et son gang ont ce
soir-là marqué les esprits. En ce qui concerne cette édition du Festival, on peut parler d’apothéose, même si on y a perdu la tradition du bœuf final.

Cette première édition du Festival 70's à La Chapelle Saint Luc restera dans les annales, en tant que bon souvenir ! Bien sûr, on peut trouver du pour et du contre, mais à mon avis le pour l'emporte en l'état actuel des choses, surtout si on considère la qualité musicale atteinte. L'équipement (salles, loges, espace vert), plus moderne, plus pratique (je n'ai pas réparé de toilettes cette année, un événement !) et plus vaste qu'à Charmont, vaut réellement le déplacement tout en perdant le petit côté rural qui avait son charme (plus de camping possible dans le petit espace vert...), et c'est sûr que cette année je n'ai pas pu faire une seule photo de belle américaine ou de Harley ! Mais l'ambiance est restée très conviviale, presque familiale, au moins pour les habitués qui se retrouvent désormais fidèlement année après année et qui ont fini par se connaître et s'apprécier. Un vrai plus.

Le changement devenait semble-t-il nécessaire, alors saluons les organisateurs pour avoir su trouver un point de chute aussi agréable et pratique tout en maintenant une grande qualité artistique. Certes, la venue de « pointures » très rigoureuses sur l'organisation limite les sympathiques instants d'improvisation ou de mise en commun, style boeuf, que l'on connaissait avant : faut faire gaffe à la pendule, mais en même temps cela constitue une reconnaissance de tout le boulot monstrueux consenti pour l'organisation d'un tel événement. Et puis au nom de RTJ, je me dois de saluer les facilités offertes par l'organisation pour pouvoir rendre compte au mieux de l'évènement, et pour rencontrer les artistes, jusqu'à s'entremettre pour nous obtenir une entrevue en privé avec Dan Baird. Messieurs-dames, c'est la classe ! Devant un tableau si satisfaisant, j'émettrai juste un seul souhait pour parler au nom de quelques personnes de ma connaissance : la nourriture proposée devait probablement être excellente, mais son côté « exotique » passe mal vis-à-vis de quelques allergies, alors M. Plugburry, pas besoin de les faire très longues, mais pourrait-on juste avoir le retour des frites ?
Y. Philippot-Degand

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